Hommage à Harold Fallon
« La Wallonie reste un Far West », nous confiait Harold Fallon, entouré de deux de ses associés, Hélène Joos et Benoît Vandenbulcke, en 2024, lors de l’interview Sous Influence, menée par Bureau FL 5.2 et Gagus Productions. « C’est difficile de faire des choses, de trouver des personnes avec qui collaborer en termes de maîtrise d’ouvrage. Cependant, quand on parvient à trouver des points d’entente, on découvre une liberté incomparable avec ce qui se passe à Bruxelles ou en Flandre. Ça a été le cas du projet du Palais des expositions de Charleroi ou de la passerelle piétonne de Seraing. »
De Vertigo, un prototype d’attraction pour Walibi Belgium (2006-07), à la transformation du Palais des expositions de Charleroi (en association momentanée avec architecten jan de vylder inge vinck – AM AjdvivgwA, 2018-25), couronnée ce printemps par le Mies van der Rohe Award 2026, Harold a développé, au sein d’AgwA et dans sa carrière d’enseignant et d’éditeur, une architecture aussi précise et technique que référencée et poétique. Il souhaitait apporter, par son architecture, « des réponses qui visent juste et qui font une différence à un moment donné ». En témoignent la précision des interventions dans le paysage, qui réorganisent et unissent, que ce soit dans le projet de la passerelle de Seraing (2017-22) ou dans celui du Centre sportif et nautique de Péronne (débuté en 2014).
Harold engageait toute sa personnalité dans chaque projet qu’il touchait car, pour lui, « un projet ne doit pas être juste plaisant au niveau de l’écriture, mais doit aussi apporter une compréhension des enjeux qui dépassent le bâtiment sur lequel on travaille ». Il a fait de sa pratique architecturale un objet de recherche, et réciproquement. Pratique et recherche s’auto-alimentent. Cette articulation se retrouve aussi bien dans son travail de thèse de doctorat (Metarbitrariness: AgwA, an architecture of practice, 2012) que dans la plateforme de recherche académique qu’il a cofondée (Architecture in Practice, KUL, 2019), les publications et la série de conférences qui y étaient liées. Elle se retrouve naturellement dans ses projets, même à petite échelle. Ainsi, la reconversion d’un entrepôt, réalisée avec son épouse Evelia Macal pour accueillir leur logement personnel et un atelier d’artiste (2020), devient un véritable laboratoire d’expérimentations spatiales, constructives et techniques, notamment au niveau structurel, où le bois vient renforcer la structure en béton.
Dans tous ses projets architecturaux, Harold se laissait avant tout surprendre par l’existant pour en tirer les potentiels, qui deviennent « moteur d’une expression architecturale ». Il avait également conscience que l’action de l’architecte ne correspond qu’à un moment précis et limité de la vie d’un bâtiment. Il assumait ainsi que ce qui est réalisé puisse, avec le temps, être mis à mal, voire détruit, par l’usage. La prise en compte de cette temporalité a, dans certains projets, rencontré l’urgence, ouvrant une réflexion sur la flexibilité des bâtiments et le réemploi des matériaux trouvés sur place. Le projet de transformation évolutive d’un bâtiment de bureaux à Bruxelles en école (Karreveld, 2016-21) en est une illustration.
À la question « Quels sont les enjeux à relever pour l’architecture en Fédération Wallonie-Bruxelles pour ces trente prochaines années ? », il concluait avec ces mots inspirants : « Ce qui serait intéressant en Wallonie serait d’arriver à travailler la naissance de cette culture architecturale comme une sorte de base, mais qui ne devienne pas mainstream. Que l’on parvienne à garder cette capacité à s’émerveiller, à explorer des sujets de façon originale et inattendue. »
Audrey Contesse